Il s’appelait Jean-Claude… Il aurait pu ressembler à la photo de l’homme que j’ai choisie pour illustrer cet article.

 

Jean-Claude était locataire d’un petit appartement au dernier étage d’une résidence de 4 étage. Son voisinage le voyait jour après jour quitter son logement le matin en position debout et, rentrer en fin de journée chez lui avec une posture physique courbée voire, à ramper sur le sol de la cage d’escalier tellement il était ivre après avoir passé sa journée dans son bar habituel.

Voir ainsi cet homme se détruire à petit feu bouleversait certains voisins notamment ceux qui avaient eu un vécu avec celle qui fait chavirer bien des vies : la bouteille, pour ne pas dire l’alcool…

 

Jean-Claude pouvait être difficile d’approche et, parlait à peu de voisins enfin, quand il était en capacité d’échanger qques mots avec son voisinage… Son hygiène corporelle était détestable et son apparence, laissée à l’abandon…

 

J’ai dû entreprendre plusieurs tentatives pour réussir à entrer en contact avec Jean-Claude. Pas de téléphone, pas de personnes ressources autour de lui, personne au domicile lors des visites effectuées. Je me suis décidée à lui écrire un mot et le laisser sur sa porte de logement pour qu’il le trouve en rentrant.

Une après-midi, j’ai eu la surprise de découvrir cet homme au faciès marqué par des souffrances. Il s’est présenté à mon bureau avec ma carte en main…

Il avait une voix très rauque et parlait fort, ce qui pouvait laisser d’autres penser qu’il agressait verbalement celui à qui il parlait. Mais, il n’en était rien. Il s’exprimait juste avec une voix cabossée par les épreuves de sa vie.Il avait les cheveux longs, très mal soignés, mal peignés. Il portait des vêtements usagés et il ne sentait pas bon…

 

Je l’ai reçu et, c’est en chanson que nous sommes rentrés en contact tous les deux. Il m’a demandé :

– “comment tu t’appelles ?”

Je lui ai répondu :

– “Nathalie”.

Il s’est alors mis à me chanter la chanson de Gilbert BECAUD, “Nathalie”…. Et j’ai chanté avec lui. A partir de là, nous nous sommes rencontrés et, ensemble nous avons convenu d’avancer, à son rythme, pour lui permettre de remontrer la pente de laquelle il avait sérieusement glissé et, s’était abîmé physiquement et, moralement.

 

Il m’a expliqué sa philosophie de vie, avec un état d’esprit bohème. Il ne concevait pas de faire une vie enfermés entre 4 murs; c’est pourquoi il laissait ouvertes les fenêtres de son logement devenu insalubre avec le temps et, au fil de la chute de ses bras, ne réussissant plus à se relever de lui-même.

 

Il était très cultivé. Il savait encore être courtois et respectueux dès lors qu’on le respectait. Il m’a rapidement ouvert le livre de son histoire. Il m’a expliqué avoir été un mari, un père de famille, ayant vécu en maison avec sa famille et un chien. Il a été chef d’entreprise… Il a connu une vie avec des responsabilités, des engagements, des obligations. Et puis il a rencontré des difficultés… sa Femme l’ a quitté. Il s’est retrouvé seul et, ne s’est pas relevé. Il a sombré dans sa souffrance et a tenté d’oublier avec la compagnie quotidienne de la bouteille.

 

Une fois la relation de confiance et de respect installée avec Jean-Claude, j’ai pu l’inviter à commencer à relever petit à petit ses manches pour remettre à l’endroit ce qui était à l’envers. Je lui ai proposé de l’accompagner pas après pas pour qu’il réussisse à maintenir la position debout dans sa vie de tous les jours et, pour ainsi lui permettre de changer de regard et observer au loin ce qui peut être désormais dans sa vie.

 

Il a fallu faire nettoyer, désinfecter son logement. L’usage des toilettes s’était étendu à toute une partie de la salle de bain en raison d’un sanitaire défectueux. C’était devenu un vrai terrain de cross !

Avec l’accord de Jean-Claude, j’ai coordonné les actions adaptées avec différentes compétences pour lui apporter un accompagnement complet. Sur plusieurs mois, il s’est investi peu à peu dans le rétablissement de sa situation et, de sa personne. Il avait réduit sa consommation d’alcool et avait retrouvé un lieu de vie digne où se reposer et se retrouver avec lui-même.

 

Et puis un jour, j’ai appris le décès de Jean-Claude à son domicile. Son corps ne pouvait plus aller au-delà…

 

Le plus important dans cette histoire, c’est que Jean-Claude ait réussi à se relever et, à profiter d’un logement où se sentir mieux et où prendre davantage soin de lui.

 

Peu de temps après, j’ai été appelée dans un bureau où se trouvait deux jeunes personnes… On m’a présenté les deux enfants de Jean-Claude, un jeune homme et une jeune femme. Rien qu’à les regarder, je confirmais qu’il s’agissait bien des enfants de Jean-Claude tellement je retrouvais de lui dans ces deux jeunes gens. Ils voulaient rencontrer la personne qui avait accompagné leur père sur sa fin de vie.

 

En quelques secondes, j’ai réfléchit au message que je pouvais transmettre à ces enfants…

Tous deux m’ont dit que les membres de leur famille les avaient dissuadé de se rendre chez leur père car “il devait être infesté de bêtes” et “qu’il y avait un risque d’attraper une maladie en allant chez lui”, étant donné l’homme qu’il était devenu, sous l’effet de l’alcool.

J’ai alors décidé de leur dire une vérité concernant leur père que ceux de leur famille ne pouvait pas leur livrer. Celle à laquelle j’avais participé et surtout, assisté.

 

Je leur ai dit : “oui, votre père est tombé, à chuté dans sa vie, et avait honte de l’homme affaibli qu’il était devenu. C’est pourquoi il avait décidé de couper contact avec ses proches. Il a voulu les préserver. Peut-être que cela leur paraît injuste mais, c’était son choix”.

Et je leur ai raconté comment leur père a décidé de relever la tête et a réussi à remontrer la pente. Il a réussi à se relever sur la fin de sa vie. Et je leur ai dit qu’ils portaient en eux un peu de leur père avec les valeurs qu’il leur a bel et bien transmises et ça, c’est ce qu’ils garderont à jamais de lui.

 

Ce fût un moment très fort. Ils m’ont tous deux remerciée.

Je les ai rassuré concernant le logement de leur père et je les ai invité à s’y rendre pour y trouver un peu de réconfort et y ressentir un peu de leur papa.

 

Une très belle rencontre et aventure humaine parmi tant d’autres…

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