Il ressemblait à un des chanteurs du groupe ZZ TOP mais en version marginale…

J’ai été sollicitée par les parents de Vincent, homme d’une trentaine d’année, car tous deux étaient très inquiets pour leur fils. Vincent était très grand et de forte corpulence. Il portait sur son visage une très grande barbe à la ZZ TOP. Il ne prêtait plus attention à son apparence physique et vestimentaire…

Ce dernier avait coupé tout contact avec ses parents, sa famille. Il occupait un appartement devenu insalubre et où il avait contracté une dette de loyer. L’électricité avait été coupée et des poubelles y étaient accumulées…
Vincent faisait venir chez lui des “compagnons de fortune” rencontrés dans la rue ou à l’occasion de séjours ponctuels en hôpital psychiatrique où il a bénéficié temporairement d’un traitement adapté pour la pathologie diagnostiquée par le corps médical.

Les risques pour Vincent étaient :
1) de perdre son logement du fait qu’il ne respectait plus ses obligations en tant que locataire,
2) de se mettre en danger chez lui,
3) de mettre en danger son voisinage (risque d’accident et d’infestation de nuisibles (blattes et autres insectes) dans l’appartement du fait de l’insalubrité et l’état de santé de ce dernier.
C’est pourquoi ses parents étaient arrivés jusqu’à moi, sur les recommandations d’un autre professionnel dont ils avaient croisé la route et qui leur avait suggéré de me contacter pour échanger à propos d’un possible traitement de cette situation…
Le père avait été confronté plusieurs fois à la Loi via la compétence Police pour son fils devenu une personne à risque sur la voie publique, fonction de ses fréquentations et, de ses consommations. Ce père était épuisé et, très attristé.

J’ai tout d’abord écouté chacun des parents, le père et la mère. J’ai appris qu’ils étaient divorcés et chacun avait une relation différente avec leur fils. Le père n’avait plus de contact avec Vincent et la mère, un très léger lien perdurait mais, elle ne réussissait plus à le rencontrer à son domicile.

C’est via le sujet du logement et des obligations de locataires que j’ai abordé Vincent pour la première fois, pour créer une légitimité d’intervenir en plus de la sollicitation des parents très inquiets à son sujet et qui voulaient éviter à leur fils de se retrouver à la rue…

J’ai organisé une intervention-rencontre au domicile de Vincent avec sa maman, personne qui allait me permettre de donner un premier tour de clé dans la porte à ouvrir pour aller à la rencontre de Vincent.

Je me souviens de ce matin où j’ignorais totalement quel homme j’allais rencontrer sur ce palier… A chaque rencontre, c’est un travail de conditionnement qu’il me faut mettre en place pour border chacune de mes paroles et chacun de mes gestes…
La mère est allée frapper à la porte, s’est annoncée. Vincent à entrouvert la porte. J’étais un peu plus loin, sur le palier, respectant les étapes nécessaires à une prise de contact en douceur, sans intrusion dans l’espace de vie créé et entretenu par cet homme.
Il s’est avancé sur le palier, il était presque nu, vêtu seulement d’une culotte. Sa mère lui a expliqué ma présence et je me suis légèrement avancée pour le saluer. Sa nudité ne le gênait pas. Dans un cas comme celui-là, je n’affiche aucune réaction particulière et j’invite juste la personne à prendre son temps de se préparer pour nous recevoir et échanger avec nous.

Vincent nous a demandé un moment pour s’habiller davantage et a claqué la porte. Silence…
Nous avons attendu sur le palier pour vérifier si la rencontre allait avoir lieu ce jour-là ou pas.

Cinq bonnes minutes après, Vincent est sorti de chez lui. C’est là que j’ai découvert sa grandeur et son apparence physique laissée à l’abandon. Il aurait pu me faire peur, d’autant qu’il s’agit d’une personne avec une pathologie psychiatrique d’après ce que ses parents m’avaient expliqué. Eux-mêmes en avaient peur, surtout dans des moments de crise… Il était déjà passé à l’acte sur des personnes de son entourage. C’est pourquoi le père avait été confronté à la Police pour son fils.
Donc, pour le rencontrer et réussir à échanger avec lui, l’idée était d’éviter de provoquer une contrariété.

Je me suis revêtue de mon costume de Mme tout le monde, avec les couleurs de la neutralité et du respect.

Vincent nous a dit accepter de nous parler mais seulement à l’extérieur du bâtiment où il réside. Nous sommes rentrés ensemble dans ce petit ascenseur étroit, Vincent, sa mère et moi. C’est là que le contact à commencé à se créer.

Une fois dehors, nous avons marché puis parlé ensemble, côte à côte.
Je lui ai expliqué les raisons de ma présence et je lui ai demandé s’il acceptait de m’aider pour que je réussisses à venir en aide à sa famille pour, ensemble, rétablir sa situation. Auquel cas il ne pourrait pas rester vivre à cette adresse, dans son logement actuel qui, de toute évidence, nécessitait quelques travaux de remise en état.

J’ai tout d’abord dû accueillir les paroles de Vincent; toutes ses paroles. Cet homme tenait des propos très durs et très crus envers la gente féminine. Ils avaient des propos obscènes et me semblait concevoir le monde d’une manière bien particulière, comme s’il voyait les humains et notamment les femmes avec un regard condamnant les travers de l’espèce humaine. C’était tellement étrange d’entendre tout cela en étant soi-même une femme à côté de cet homme que j’ai voulu vérifier auprès de lui s’il m’adressait ces propos en conscience à ma personne ou, s’il s’agissait de son opinion qu’il partageait avec moi. Il m’a répondu à sa façon et m’a fait comprendre que c’est ce qu’il pensait du monde et des humains en général.
Sa mère était très mal à l’aise, fortement gênée d’entendre son fils parler ainsi des femmes à cette femme professionnelle que j’étais à ses côtés. C’est par le langage non verbal que je me suis adressée à elle pour la mettre à l’aise et lui indiquer que pour moi, c’était ok. D’autant qu’elle m’avait prévenu de l’état de santé de son fils.

Vincent a aussi fait passer un message important ce jour-là à sa mère. Il a exprimé un besoin d’être considéré en adulte par cette dernière et plus comme un enfant pour qui elle fait à sa place ce qui lui revient de faire. J’ai donc également pris cette donnée en compte pour travailler au niveau du système de la famille.

La suite de cette belle histoire, c’est que Vincent à accepté de relever ses manches pour remettre en état son logement, avec toutefois l’aide et le soutien de sa mère mais, juste en complément de ce que lui allait faire chez lui.
Le père a été accepté à nouveau aux côtés de son fils et c’est ensemble, la mère, le père et le fils, qu’ils ont œuvré dans le logement de Vincent pour qu’il ne soit plus inquiété par l’organisme logeur des lieux qui lui étaient loués.

Le jour où j’ai organisé une visite de contrôle de l’appartement, j’ai eu le plaisir de retrouver les deux parents au domicile de Vincent. Le père était heureux d’avoir réussi à reparler à son fils et, lui et la mère étaient rassurés pour leur fils. Vincent s’est mis à plaisanter avec moi et m’a proposé un café que j’ai volontiers accepté, comme pour fêter cet heureux dénouement.

Quand on sait prendre le temps de rencontrer l’autre, de le respecter et de l’entendre véritablement sur ses besoins, ses émotions, ses intentions, on le rencontre bel et bien et ensemble, on peut faire de grandes et belles choses.

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