Loin de sa terre natale, au sein même d’un petit appartement situé en haut d’une Tour de 15 étages, il s’était recréé son espace “de campagne” qu’il avait connu dans ses jeunes années…

Je l’appellerais « Dragon »…

C’était un petit homme, âgé, d’origine vietnamienne, très habile de ses mains. Il était très bricoleur et, avait aussi la main verte. Une sorte de petit “géant vert”. Il prenait très peu soin de lui et semblait ne pas avoir vu de médecin depuis longtemps. Il toussait, crachait… Il manquait d’hygiène corporelle.
Par la suite, je l’ai remis en lien avec un travailleur social qui lui a permis de reprendre contact avec un médecin.

Il avait investi un tout petit canapé dans sa salle à manger pour y dormir. Vous pensez peut-être qu’il n’avait pas de chambre ?! Eh bien si. Il louait un deux pièces mais… Son logement était fortement encombré par deux types d’objets. Ceux que l’on trouve dans un jardin des plantes ou jardinerie et, dans un garage pour paysan bricoleur.

Cet homme avait entassé chez lui pendant plusieurs années du gros matériel pour travailler la terre dont un motoculteur. Il avait dû galérer pour monter l’engin via l’ascenseur !

Il avait bricolé l’électricité de son logement pour y installer des rallonges qui fonctionnaient sans doute par l’opération du saint esprit. Et à proximité se trouvait un grand aquarium avec des variétés de plantes à l’intérieur dont j’étais incapable de dire si c’était bien vivant ou mort et en état de décomposition.

Dans la chambre se trouvait un espace dédié aux plantes avec un environnement similaire à une serre bien habitée par le végétal. Les murs s’étaient assombris avec la forte humidité qui imprégnait la tapisserie…

La salle de bain ne semblait pas être utilisée hormis peut-être pour y développer d’autres cultures notamment dans la baignoire contenant du linge humide…

Dans sa cuisine, il faisait cohabiter des outils, des plantes, des graines, et des champignons aussi ! qu’il cultivait à même son frigo produit par les aliments oubliés sur les différents étages de ce lieu de culture.

Il s’agissait d’un homme qui était arrivé en France dans les années 80 avec d’autres membres de sa communauté. Il était d’origine vietnamienne et parlait un patois de sa campagne. De plus, il ne comprenait pas bien ce qui lui était expliqué, comme si sa capacité de compréhension était limitée.
Au fil des années, ses compatriotes ont peu à peu disparu autour de lui et il est resté seul, à son adresse, dans cette Tour, à se débrouiller tout seul au quotidien. Nul ne se doutait de ce qui se trouvait dans son appartement et comment il y vivait…

Et un jour, il m’a ouvert sa porte. Ce qu’il ne faisait apparemment pas depuis des années…
J’ai donc eu le grand privilège de franchir le pas de sa porte et de découvrir sa caverne d’alibaba, son univers me laissant imaginer où il avait pu vivre dans la première partie de sa vie.

Vous vous demandez peut-être comment je faisais pour communiquer avec lui ?! Je ne saurais pas moi-même répondre précisément à cette question.
Avec lui, je fonctionnais par écrit sur une carte de visite où j’apposais qques mots ainsi que mon nom. A la réception de ma carte, il venait à l’agence où je me trouvais et attendait de voir comment je me comportais avec lui pour comprendre, via ma gestuelle et le regard, le message que je tentais de lui transmettre.
J’avais fait appel à la générosité et gentillesse d’un autre homme de la même nationalité que Dragon pour qu’il fasse office de traducteur. Lui-même m’avait indiqué qu’il n’était pas facile de le comprendre car son langage était très particulier et provenait d’une campagne profonde du Vietnam.

Chez Dragon, j’ai fait intervenir le service d’hygiène pour mettre en sécurité les lieux qui lui étaient loués.
J’avais un lien particulier et privilégié avec lui que nous avions tissé au fil de nos contacts.

J’ai préparé comme j’ai pu Dragon à l’étape de désencombrement puis nettoyage de son logement.
Le traducteur par intérim m’a aussi bien accompagnée dans cette tâche.

Au contact de Dragon, à la découverte de sa condition de vie et de son potentiel, j’ai beaucoup appris sur le plan humain, comme avec chaque autre personne au profil particulier et parfois très atypique. que j’ai rencontrée dans des logements dits insalubres.
A chaque fois, cela a été une rencontre unique et très riche humainement.

J’ai appelé cet homme Dragon en lien avec le cadeau qu’il m’a fait le jour où son logement a été débarrassé. Il m’a offert gentiment une plante nommée : « la Fleur du Dragon ».
C’est une plante qui fleurit de manière éphémère, notamment la nuit et le lendemain matin, la fleur fane et vous laisse un délicat et subtil parfum vanillé qui invite au voyage…

 

A chaque fois que cette plante à fleuri, j’ai pensé à lui et aujourd’hui encore, elle m’accompagne dans mon lieu de vie.

Dragon est décédé quelques années après dans son logement qui était redevenu très encombré et insalubre.
Je n’ai pas eu de précision et je n’ai pas cherché à en avoir.

Je l’imagine maintenant heureux et libre dans son Pays et dans sa nature qui a dû beaucoup lui manquer sur la fin de sa vie.

Partage d’une autre belle rencontre qui a suscité en moi l’envie de proposer mon propre service d’aide à la personne.

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